Groupe 10 – Billet collectif n°2

Groupe 10 – Billet collectif n°2

Nous avons cherché à savoir si l’apparition de nouvelles préoccupations environnementales ou sanitaires pesait dans le conflit interne à chaque consommateur quant à ses choix de consommation alimentaire (notre problématique). Nous avions émis l’hypothèse selon laquelle le pouvoir d’achat jouait un rôle prépondérant dans les motifs de consommation, mais qu’il existait également d’autres facteurs tels que l’éthique ou la proximité. Nous présenterons dans un premier temps les résultats strictement en rapport avec notre problématique et l’hypothèse formulée (I), ce après quoi nous commenterons d’autres résultats qui sont également apparus à l’issue de notre enquête (II).

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I. Poids du pouvoir d’achat et des considérations éthiques dans le comportement de consommation : conflit alimentaire interne des enquêtés.


Nous avions classifié nos enquêtés en deux catégories antagonistes :

  • –  l’une issue de quartiers défavorisés de Bruxelles (Molenbeek, Anderlecht), dans laquelle nous pensions trouver des catégories socio-professionnelles moins aisées.

  • –  l’autre issue de quartiers favorisés de Bruxelles (Saint-Gilles, Uccles,

Ixelles) et disposant de revenus plus larges leur permettant une consommation libre.

De façon aléatoire et presque caricaturale, les enquêtés des quartiers favorisés (6 au total) n’avaient aucun enfant à charge, tandis que les enquêtés des quartiers défavorisés (4) avaient tous soit des enfants soit des petits enfants à charge. Cette tendance se retrouve dans les données de natalité des différents quartiers, dans des proportions moindres évidemment1.

Nous avons observé pour la première catégorie, une sensibilité constante à l’impact de la consommation sur la santé et sur l’environnement. Cette sensibilité s’est réellement manifestée puisque nous avions posé les questions suivantes : « Faites-vous attention à manger sainement ? Comment le définissez-vous ? » « Etes-vous sensible au bio, au commerce équitable ? », « Etes-vous conscient d’avoir un impact en consommant ? ». En d’autres termes, la sensibilité que nous évoquons n’est pas le fruit d’une interprétation de notre part, mais est clairement définie par l’enquêté au cours de l’entretien. A la première et à la deuxième question, tous les enquêtés de la première catégorie ont répondu par l’affirmative sans hésitation. A la troisième également, et lorsque l’on a demandé de spécifier la nature de l’impact que les personnes estimaient provoquer en consommant, tous ont cité la santé et l’environnement, certains évoquant l’économie locale. On peut affirmer alors que tous nos enquêtés des quartiers défavorisés étaient sensibles aux différentes préoccupations environnementales ou sanitaires. En revanche, aucun ne parvenait réellement à consommer en fonction de ces préoccupations et de leur sensibilité. En effet, les réponses à la question relative à la part du prix dans le choix de consommation sont également unanimes. Tous admettent que le facteur économique est prépondérant.

En conclusion, dans le conflit alimentaire interne aux enquêtés issus de la première catégorie, le poids du pouvoir d’achat est supérieur à celui des nouvelles préoccupations de type éthiques, environnementales ou sanitaires, ce qui confirme notre hypothèse de départ.

Pour la seconde catégorie, nous avons observé que tous les enquêtes étaient sensibilisés au bio et aux préoccupations sanitaires ou environnementales, certains évoquant également les circuits courts. Ces catégories socio-professionnelles sont plus aisées, et l’impact de la composante économique est moins important dans leur choix de consommation. Quatre des enquêtés étaient réellement concernés par leur impact, et consommaient bio ou local. En revanche, deux ont déclaré n’avoir aucun scrupule à consommer selon leurs envies, en sachant l’impact qu’ils avaient. L’un d’eux a déclaré « Je sais que je devrais vous répondre oui du fait de la pression sociale, mais non je m’en moque. »

En conclusion, pour la seconde catégorie, comme dans la première, tout le monde est conscient de l’impact sur l’environnement et la santé. Le facteur économique n’est pas un problème. En revanche, pour un tiers des enquêtés l’éthique ou l’environnement ne sont pas une préoccupation ; il ne s’agit pas d’un défaut de moyens mais d’un manque d’intérêt.

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II. Résultats supplémentaires interprétatifs apparus à la tenue des entretiens.

Le poids de l’urbanisation est sans cesse présenté par les enquêtés comme altérant leur consommation, les deux catégories confondues. Certains ont même relaté des périodes de leur vie en dehors de la ville et expliqué leur mode de consommation distinct d’alors (potager, achats de légumes chez le voisin, achats chez les producteurs, préférence pour du pain artisanal etc.). D’ailleurs, ceux qui n’avaient pas vécu à la campagne ont également attesté que leurs habitudes de consommation changeraient et se rapprocheraient de la nature s’ils s’y trouvaient – la définition de campagne variant d’un enquêté à l’autre.

L’urbanisation telle qu’elle est évoquée fait aussi écho à un facteur de proximité ; de façon unanime, les enquêtés de la première catégorie sont prêts à se déplacer davantage pour économiser, tandis que la proximité est un facteur relativement important pour la deuxième catégorie.

Enfin, dans certains entretiens des quartiers défavorisés un critère culturel de consommation est apparu, les enquêtés d’origine étrangère (de première ou de seconde génération) s’orientent parfois vers des commerces proposant des marques ou des produits du pays d’origine en question. Il s’agit de petites épiceries qui drainent donc une bonne partie de leur clientèle pour ces motifs. Nous ne sommes pas en mesure de comparer le poids de ce facteur culturel dans le choix de consommation par rapport aux autres facteurs sus mentionnés : économiques, éthiques, de proximité.

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Notre enquête s’est focalisée sur le conflit interne au consommateur entre consommation éthique et consommation économique. Nous avons constaté que les enquêtés des deux types de quartiers étaient conscients de l’impact de leur consommation. Il apparaît donc que la conscientisation n’est pas fonction du lieu de résidence ou du statut socio-professionnel.

Tous les enquêtés du premier groupe ont expliqué qu’ils consommeraient différemment si la contrainte économique n’existait pas. Deux tiers des enquêtés issus du second groupe ont expliqué qu’avec leurs moyens financiers, ils étaient en mesure de consommer du bio, des produits frais et locaux, etc. En revanche, un tiers de ces interrogés ont déclaré que malgré leur aisance financière et la conscience de leur impact, ils choisissaient de ne pas s’en préoccuper.

En conclusion, le critère économique est le seul réellement valable pour les enquêtés défavorisés (dimension sociologique). Les enquêtés favorisés qui consomment en fonction de leur impact sont également influencés par une dimension sociologique. En revanche, il ne faut pas négliger l’importance des choix personnels. Comme nous l’avons vu, être conscient ne suffit pas à modifier ses choix en conséquence. Cela nous amène à nous poser la question : si les enquêtés défavorisés avaient les moyens, adapteraient-ils réellement leur consommation comme tous le déclarent ?

1. https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&ved=2ahUKEwigroLhwuXfAhWFL1AKHb15Dv4QFjACegQICBAC&url=http%3A%2F%2Fwww.ccc-ggc.irisnet.be%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fdocuments%2Findicateurs%2Fperinatalite%2F1-fr-taux-de-natalit-rgion-bruxelloise-et-par-commune-de-rsidence.xls&usg=AOvVaw0Vp_cEjkpbLuhxx5oQBTQI

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