[Groupe 7] Billet collectif n° 2 – Le conflit dans la perception de la notion d’engagement politique entre les générations
Notre sujet porte sur un potentiel conflit dans la définition d’engagement politique entre notre génération et celle de nos grands-parents. Pour ce faire, notre question de recherche se présente de la manière suivante :
» Existe-t-il un conflit dans la conception et l’expression de l’engagement politique entre la jeune génération belge actuelle et la jeune génération des années 68 ? «
Nous avons émis deux hypothèses ; une première au début de notre enquête et une seconde qui s’est formée au fur et à mesure de notre enquête. La première consiste à avancer qu’il y a un déclin de l’engagement politique de la part de notre génération comparé à celle de nos grands-parents dû à un désintérêt du politique en général. La seconde consiste à dire que l’intensité de l’engagement politique n’est pas là où se situe le changement, mais plutôt dans les conceptions et l’expression de l’engagement politique notamment grâce à l’évolution des réseaux sociaux et d’internet.
Le principal enseignement ressortant de nos différents entretiens avec nos répondants concerne la définition de la notion d’engagement politique. Presque tous avaient une définition similaire de cette notion, en l’apparentant énormément à celle de l’adhésion à un parti politique. Pour nos duos de répondants, l’engagement politique était donc synonyme d’adhésion à une formation politique, mais sans faire de lien avec d’autres actions telles que le vote, ou encore la connaissance de l’actualité politique nationale ou internationale, actions que nous avions déjà soulignées et mises en avant dans notre propre définition d’engagement politique. Concernant les critères du comportement électoral, nous avons constaté – tant pour les réponses de la première génération de répondants que pour la troisième – que les jeunes et leurs grands-parents votent souvent par obligation, puisque la loi les y oblige, et non pas par conviction.
Autre caractère observé de façon régulière, les membres de la première génération ont une tendance plus marquée à voter de la même manière que le faisait leurs parents. En effet, ce comportement électoral fait notamment écho au modèle du Michigan et au déterminisme socio-affectif, ainsi qu’aux travaux de la sociologue Anne Muxel qui place l’influence des parents comme une variable prédominante, cependant légèrement moins marquée dans le comportement électoral des jeunes adultes d’aujourd’hui. Nous avons ressorti de nos entretiens que les raisons pour lesquelles les personnes âgées avaient tendance à voter de la même manière que leurs parents – du moins lorsqu’ils étaient jeunes – concernent surtout le manque d’éducation, un manque d’implication (surtout concernant les femmes à l’époque) et une déficience dans l’accès à l’information et aux programmes des partis politiques, empêchant l’installation d’une diversité pourtant essentielle dans le processus de décisions qui conduit un individu à choisir son orientation politique.
Le second facteur essentiel ressorti de tous nos entretiens est qu’il existe une flagrante différence de niveau d’études entre chacune des deux générations, avec une influence certaine sur le degré d’engagement politique. En effet, dans la génération des grands-parents, la totalité de nos répondants n’ont qu’un faible voire aucun bagage universitaire, et n’étaient pas ou peu engagés politiquement à l’époque de leurs 18 ans, au contraire de tous les répondants de la jeune génération actuelle pour qui les études universitaires sont la norme et dont l’engagement politique est perçu comme plus prononcé et varié dans son expression. Ils ont tendance à être plus présents sur les réseaux sociaux, plus impliqués dans l’actualité nationale et internationale et considèrent comme indispensable et primordial de se tenir informé sur ce qu’il se passe dans le monde.
Quant à la vérification des hypothèses, notre première hypothèse s’est trouvée complètement réfutée. Nous n’avons pas observé de déclin de l’engagement politique, bien au contraire. Ce que nous pensions initialement – pensée qui trouvait sa source dans le sens commun et notamment la médiatisation des images de la jeunesse révoltée de Mai ’68 qui donnait une impression généralisée et véhiculée d’une jeunesse globalement impliquée – n’a pas trouvé écho dans les résultats analysés de nos entretiens. En effet, la première génération – les grands-parents – ne semble pas porter d’attention ou d’importance particulière à l’évènement Mai ’68 et leur engagement politique était en réalité moins marqué, moins fort et moins « virulent » que nous le pensions. Au contrario, l’image véhiculée de la jeunesse aujourd’hui tourne bien souvent autour d’un soi-disant désintérêt politique et un manque d’engagement . Cependant, de ce que nous avons observé lors de nos entretiens, les jeunes aujourd’hui sont non seulement engagés, mais, de par leur formation universitaire bien souvent, mais se sentent bien plus concernés par la politique et l’actualité que l’étaient leurs grands-parents. Nous avons donc pu affirmer formellement que l’engagement politique n’était pas en baisse dans la génération actuelle, mais pouvait se percevoir sous différentes formes.
Ensuite, concernant notre deuxième hypothèse (re)formulée – qui avançait un changement dans l’expression et les représentations de l’engagement politique chez les jeunes, notamment par l’utilisation des réseaux sociaux, considérés actuellement comme l’un des média les plus importants et les plus faciles d’accès pour exprimer son engagement – est partiellement vérifiée. En effet, nous avons observé au fil de nos entretiens que les jeunes semblaient plus conscientisés sur les enjeux du monde et par là plus engagés politiquement. Bien que l’expression et la perception de cet engagement se fasse différemment que leurs aînés, et il y a une certaine augmentation de l’engagement observée chez les jeunes.
Néanmoins les résultats de l’entretien de Romane se sont démarqués de ceux des autres. En effet, contrairement à la majorité des interrogés, une petite partie se considérait, elle, activement engagée dans sa jeunesse – participant notamment à différents mouvements syndicaux. Suite à son entretien, nous en avons néanmoins déduit que nos résultats généraux restaient valides, en ce que l’engagement observé chez leurs petits-enfants ne s’en est pas trouvé néanmoins réduit (hypothèse une) mais bien exprimée différemment (hypothèse deux).
Quant à la notion de conflit – thématique centrale de ce cours – nous avons pu la retrouver dans la définition de l’engagement politique, mais également dans la perception par la jeune génération actuelle de l’impact du vote de leurs aînés sur leur avenir. En effet, lors de certains entretiens, il est ressorti que certains jeunes « reprochaient » parfois le vote des personnes âgées – souvent plus conservateur ou mal informé – comme « égoïste » et ayant un impact direct et négatif sur leur propre avenir.