L’impact des médias sur le public ne fait plus de doute, mais qu’en est-il de l’impact du public sur la façon dont les médias gèrent les informations ? Billet personnel – Pedro Rodrigues Magalhaes
L’éprouvante tentative de mesurer l’impact d’une couverture médiatique et de mesurer son degré émotionnel sur les individus : le cas de la couverture des attentats terroristes du 22 mars à Bruxelles
Le titre met en avant une constatation apparue pendant le déroulement de l’enquête et suite aux réflexions qui s’en sont suivies. Il y avait déjà une intuition personnelle quant aux influences du public sur les médias lorsque j’ai été amené à réfléchir sur une question toute simple : comment est organisé le média que j’étudie, quel est son statut et quel est son but ? La Libre Belgique, comme tout grand média, est une entreprise qui doit subvenir à sa propre existence. Pour cela, l’attractivité des informations dont dépend le nombre d’abonnements et donc son chiffre d’affaires, prend une place non négligeable dans le processus de formulation et de diffusion des informations indépendamment de tout engagement éthique ou principe de neutralité journalistique.
L’entretien avec Jean Jacques Jespers, professeur de journalisme à l’ULB et membre du conseil belge de déontologie journalistique, a contribué à approfondir cette réflexion sur « qui influence qui » et sur la pertinence d’étudier l’impact des médias sur les étudiants de l’ULB, alors que ceux-ci font partie d’une population bien plus large, qui elle même module, encadre, influence l’offre et la qualité de l’information par sa demande et ses habitudes. Je me suis rendu compte de la complexité du phénomène que j’étudiais et qu’il était impossible d’établir le sens de la relation de cause et effet car tant public que presse écrite jouaient, chacun à son tour, les rôles de meneur et d’influencé.
J. J. Jespers confirme donc une idée ressentie lors du développement du projet, celle que la presse écrite va rarement à l’encontre de ce qu’elle juge être le sens commun. Elle s’aligne souvent avec les idées de son public par la sélection et la mise en forme des informations ayant pour but de réconforter les positions de la majorité. C’est donc en sélectionnant des informations susceptibles de plaire, en formulant les informations dans une forme attractive, en édulcorant ou en amplifiant certains propos, en se positionnent d’une telle ou telle manière vis à vis de certains thèmes, que la presse écrite contribuent à laisser intactes les représentations sociales, qu’elle ne met pas en risque sa légitimité auprès du public et qu’elle arrive à survivre dans un milieu très concurrentiel.
Un autre point critique de la recherche porte sur la difficulté de mesurer un impact. Déterminer les facteurs responsables de l’impact, les isoler, construire un questionnaire permettant de mesurer une influence, tenir compte de la subjectivité des individus faisant partie de l’échantillon, composer l’échantillon le plus représentatif de la population cible, bien utiliser des logiciels de textométrie afin de vérifier l’induction volontaire des émotions dans les discours, sont des tâches très compliquées mais qui ont stimulé en moi des nombreuses réflexions sur les méthodes de recherche.