LES RÉSEAUX SOCIAUX ET L’IMPÉRIALISME DES ÉMOTIONS. Billet individuel-Margherita Via
Un an après les attentats du 22 mars à Bruxelles on peut analyser avec recul le traitement médiatique qui les a suivis. Depuis le début du projet de recherche je me suis interrogée sur l’impact du traitement émotionnel sur l’audimat. Dans ce contexte les citoyens se sont nourris d’émotions qui ont eu à la fois un effet positif et négatif. À titre d’exemple, le sentiment d’identification aux victimes des attentats ou la volonté de résister ont souvent généré l’empathie. Au contraire, la peur et le nationalisme ont engendré des comportements discriminatoires envers la communauté musulmane.
Ceci est directement observable dans le modèle de circulation de l’information adopté par les réseaux sociaux. Un système dans lequel des articles courts et accompagnés par des commentaires chargés en opinions personnelles ont contribué au partage d’émotions ayant des conséquences négatives sur le publique. Concrètement, la manière dont les réseaux sociaux ont véhiculé les informations concernant les attenants a contribué à l’établissement d’une relation tendue entre une partie des internautes et la population ciblée, dans ce cas celle musulmane.
En effet, les algorithmes à la base des réseaux sociaux, en particulier de Facebook, sont créés pour donner au lecteur d’avantage d’informations qu’il veut lire. Ainsi, nous courrons l’énorme risque de tomber dans le filet du replis sur soi et dans la création d’une image des faits faussée par nos propres préjugés. À ce propos Romain Badouard parle d’« enfermement idéologique »[1], selon le chercheur Facebook crée des cercles idéologiquement fermés. Le militant d’internet Eli Pariser a crée le terme « boules de filtrage »[2], des filtres qui garantissent la visualisation d’articles véhiculant des idées proches des nôtres. De la même manière, suite aux attentats les algorithmes ont crée un réseau d’idées protégées et homogènes.
Dans la majeure partie des cas, le contenu médiatique a permis la création de canaux à travers les quels les stéréotypes ont été véhiculés. Comme Katharine Viner l’explique, l’homogénéisation du paysage informatique comporte le partage d’idées racistes et sexistes qui ciblent une partie de la population[3]. Ceci dit, selon Julia Eberlen « les stéréotypes ne sont pas nécessairement positifs ou négatifs », mais à partir du moment où ils sont générés par les émotions peuvent vite dégénérer dans des préjugés, qui deviennent automatiquement négatifs[4]. Facebook et les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène, en s’appuyant sur les émotions et les idées les plus partagées. Dans le cadre des attentats du 22 mars la vision la plus primitive l’a importé sur le recul et la réflexion. Ainsi, le reflex d’une partie des internautes de partager d’avantage d’informations contenant le stéréotype liant la communauté musulmane aux attenants a transformé ce dernier en préjugé.
En conclusion on peut affirmer que la dynamique d’« enfermement idéologique » est liée au concept de post-vérité. En effet, les appels à l’émotion suite aux attentats du 22 mars ont eu plus d’influence sur l’opinion publique que les faits objectifs.
[1] HUBAUT, Anémone, « Média Facebook: les stéréotypes se renforcent », Le Soir, 13 mars 2017, http://plus.lesoir.be/85693/article/2017-03-13/media-facebook-les-stereotypes-se-renforcent, ( page consultée le 17 avril 2017 ).
[2] VINER, Katharine, « How technology disrupted the truth », The Guardian, 12 Juillet 2016, https://www.theguardian.com/media/2016/jul/12/how-technology-disrupted-the-truth, ( page consulté le 17 avril 2017 ).
[3] Ibidem.
[4] HUBAUT, Anémone, op.cit.