La peur comme moteur de la vie politique dans une ère de post-vérité – Billet individuel – Bruna Hoffreumon
Le sujet initialement choisi par notre groupe dans le cadre de notre projet de recherche concernait la peur comme moteur de la vie politique dans une ère de post-vérité.
Ce sujet a beaucoup attiré mon attention dès le premier moment. La première image qui m’est venue en tête était la scène finale de la quatrième saison de la série de télévision House of Cards où le personnage principal, Frank Underwood, président des Etats Unis joué par Kevin Spacey, faisant face à un scandale politique, décide de transmettre en direct par internet une vidéo d’une organisation terroriste en train de tuer un citoyen Américain. Underwood regarde directement vers la caméra et dit « nous ne nous rendrons pas à la terreur, nous créerons la terreur ». Cette phrase exprime sa décision de mobiliser la peur et même une guerre si nécessaire pour maintenir son influence politique et son poste à la Maison Blanche.
Malgré le caractère fictif de cet épisode, nous savons que la réalité peut être une source d’inspiration pour la fiction. Il ne faut pas aller trop loin pour voir des similarités entre la fiction et la vie réelle. Dans une ère post-vérité où les faits objectifs ont moins d’influence sur l’opinion que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles, nous voyons divers politiciens faisant appel à des sentiments, notamment la peur, pour influencer leurs électorats : Trump aux Etats-Unis, Marine Le Pen en France et Boris Johnson au Royaume Uni sont juste quelques exemples.
Notre groupe a décidé de se focaliser sur l’usage de la peur lors des discours politiques après les attentats en Belgique en Mars 2016. Je me demandais initialement si les acteurs politiques belges partageaient cette « tradition politique » actuelle de recours aux sentiments comme moteur de leurs agendas politiques.
Le premier discours dont j’ai fait la transcription était donné par le premier ministre Charles Michel lors d’une séance à la Chambre quelques jours après les attentats terroristes en Paris en Novembre 2015. Une partie de son discours a beaucoup attiré mon attention : « Nous sommes fiers des valeurs que nous portons, des valeurs que nous incarnons. Nous ne choisirons pas entre le droit à la sécurité et les libertés fondamentales. Nous voulons l’un et l’autre. Nous voulons l’un pour l’autre ».
J’étais surprise par le discours du Premier Ministre et la manière dont il allait à l’encontre de ce que nous attendions. Cet acteur ne mobilisait pas la peur, mais d’autres sentiments comme le courage, l’espoir et la fierté envers les valeurs démocratiques.
Je me suis donc demandée si un tel discours se tiendrait quatre mois après, lors des attentats à Bruxelles.
Encore une fois j’ai eu une bonne surprise, le Premier Ministre maintenait son discours. En plus, les sentiments de calme, d’union et de solidarité ont été ajoutés à son discours.
Malgré le fait que ces discours et ces résultats ne représentent pas la totalité de notre recherche et de nos résultats, il est intéressant de constater qu’apparemment cette « tradition politique » n’est pas partagée par tous les politiciens dans notre ère de post-vérité.
Bruna Hoffreumon.