Les conditions d’accès à l’entretien – Billet individuel Lucie Allo
Nous avons décidé de faire notre recherche sur les fausses informations émises par la fachosphère sur les prétendues aides sociales reçues par les étrangers. Nous avons convenu de procéder dans un premier temps par l’élaboration d’entretiens avec des experts ou des groupes combattant ces hoax. Et dans un deuxième temps, de contacter les individus-même propageant les fausses informations pour leur faire remplir un questionnaire que nous aurions élaboré. Pourtant, et c’est le point que je vais développer ici, de nombreux obstacles se sont mis sur notre chemin.
Tout d’abord, nous avons rédigé une liste de personnes que nous voulions contacter pour réaliser les entretiens. Il nous est vite apparu que la plupart des mails que nous avions envoyés se sont soit retrouvés sans réponse. Les chercheurs que nous voulions rencontrer sont en effet très occupés, le sujet des fausses informations étant au centre de l’actualité avec les élections présidentielles américaine et ensuite française. Les personnes compétentes sur le sujet en Belgique n’étant pas illimités, nous avons pris la décision d’élargir notre recherche à la France, où nous avons eu plus de réponses.
Je me pose ainsi la question de l’accessibilité de la méthode d’entretiens. Cette méthode est généralement préconisée car elle permet un approfondissement du sujet avec des individus concernés, et est très prisée par les chercheurs utilisant une méthode qualitative. Mais quand je me suis moi-même trouvé dans la position de demandeuse d’entretien, j’ai réalisé à quel point les demandes sont codifiées, les chercheurs occupés et comment la position d’étudiante impose une hiérarchie implicite avec le contact. En effet, je ne me suis pas sentie toujours légitime de demander du temps à des chercheurs dont le temps est précieux, et lors de l’entretien, la peur que les questions posées soient peu pertinente renforce aussi ce sentiment. La question de la compétence face au chercheur interviewé est donc un obstacle en plus, spécifique à l’entretien avec des individus plus qualifiés.
Un autre obstacle rencontré est toujours celui de l’accès, mais à des groupes d’extrême droite. Ces groupes sont connus pour leur fermeture et plus encore, pour leur hostilité avérée aux médias et universitaires qui voudraient se pencher sur leur fonctionnement. Nous avons donc décidé de ne pas procéder par questionnaire car ces groupes sont dans les faits peu accessible et peu nombreux en Belgique. Nous avons ainsi tenté une autre approche qui nous semble plus faisable compte tenu de la réalité du terrain, qui est la marche exploratoire que nous ferrons le premier mai lors du cortège porté par le groupe Nation.
C’est ainsi que la réalité du terrain que nous avons choisi au début de notre recherche nous a forcé à faire quelques modifications. Les difficultés d’accès aux chercheurs et experts nous ont obligé à étendre nos demandes et à persévérer sous différentes formes. Nous avons vécu la relation ambivalente qui existe entre interviewer et interrogé. Et enfin, la réalité des groupes d’extrême droite nous aura obligé à choisir une méthode plus éloignée de leur contact.
Lucie Allo