Russie, Euromaïdan, StopFake.org: aux origines de l’East Stratcom. Billet Individuel – Alexis Exposito

Russie, Euromaïdan, StopFake.org: aux origines de l’East Stratcom. Billet Individuel – Alexis Exposito

Pour ce billet individuel j’ai décidé de traiter de la création de la Task Force de l’Union Européenne en matière de lutte contre la propagation de Fake News, l’East Stratcom. Pour cela, j’ai exploré les différentes pistes de réflexion obtenues lors de notre premier entretien avec l’un de ses membres.

Créée en 2015, cette unité a pour mission la communication préventive sur les politiques et activités de l’Union Européenne dans son voisinage à l’Est (Armenie, Azerbaijan, Biélorussie, Georgie, Moldavie and Ukraine) et au-delà (Russie). Dans ce cadre, ils sont amenés à quotidiennement combattre les pratiques de désinformation des médias pro-Kremlin.

La crise en Ukraine de 2013 a marqué pour notre interlocuteur le retour à des méthodes de désinformation jusqu’ici abandonnées depuis la guerre froide. Après le conflit en Crimée en 2008 et les fermes condamnations internationales à son encontre, le Kremlin a réalisé la nécessité d’un contrôle plus étroit de la distribution de l’information dans l’éventualité de tout nouveau conflit. L’Euromaïdan a ainsi constitué la première campagne extérieure de désinformation post Guerre Froide au point d’être caractérisée par le Commandant des forces armées américaines auprès de l’OTAN, le Général Philip Breedlove, comme « the most amazing information warfare blitzkrieg we have ever seen in the history of information warfare ». L’utilisation massive des nouvelles technologies et des réseaux sociaux a également marqué un tournant majeur et permis de distinguer ces nouvelles pratiques des méthodes employées par le passé en leur offrant une audience internationale plus large. Si la crise ukrainienne peut être vue comme le point de lancement de la stratégie de désinformation russe, son ampleur laisse imaginer un important niveau de préparation, et donc une ligne politique clairement décidée en amont.

Dans ce contexte a émergé en Ukraine en 2014 un collectif et un site internet baptisés StopFake.org qui fut le premier à systématiquement couvrir la campagne de désinformation russe pour permettre d’identifier toute pièce de fausses informations émises directement par la Russie ou les médias pro-russes. A ses débuts, l’idée était de créer l’East Stratcom autour du modèle de fonctionnement de StopFake.org. Ce dernier s’appuie essentiellement sur un vaste réseau de contacts à même de vérifier localement la véracité de toute information. Ainsi, toute Fake News visant un pays particulier se voit traitée localement, offrant de meilleurs délais de traitement et un niveau d’expertise sur les sujets plus acéré qu’avec une procédure centralisée. Les acteurs impliqués sont aussi bien des journalistes que des ONG, des Think-Thanks ou parfois même des officiels gouvernementaux. Prenant également part à la diffusion des informations, ils touchent une audience locale qui serait plus difficilement accessible directement par l’East Stracom. Suivant cette stratégie, elle dispose aujourd’hui d’un réseau établi dans plus d’une trentaine de pays qui lui a permis en quinze mois d’identifier pas moins 2500 exemples de Fake News diffusées dans 18 langues. Cela témoigne une nouvelle fois de l’efficacité de la campagne de désinformation russe, que même ces spécialistes sont obligés de considérer face à son ampleur comme un succès du Kremlin.

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