Réflexion sur l’influence des choix méthodiques et méthodologiques du chercheur sur les résultats et de l’interférence de ce dernier avec son environnement.- Billet individuel d’Alexis Clerebaut

Réflexion sur l’influence des choix méthodiques et méthodologiques du chercheur sur les résultats et de l’interférence de ce dernier avec son environnement.- Billet individuel d’Alexis Clerebaut

Mon billet individuel porte sur l’interférence du chercheur avec son environnement et plus particulièrement l’influence que le chercheur peut avoir sur les résultats de la recherche, par le simple fait de sa présence physique mais aussi de son identité, sa prise de parole, son langage, la terminologie des termes utilisés, son attitude, mais aussi des choix qu’il a décidé de faire, tant sur le plan de la méthodologie choisie que celles des méthodes utilisées. En effet, les conditions dans lesquelles un entretien se déroule ou bien de la diffusion dans laquelle les questionnaires sont soumis influence les résultats qui seront obtenus.

Je souhaite illustrer ce que je dis par quelques exemples concrets qui se sont déjà présentés ou auxquels je pense par soucis d’anticipation de ce qui pourra arriver par la suite dans nos recherches. Prenons le cas de la diffusion de questionnaires. Dans le cas de notre sujet qu’est l’influence des réseaux sociaux sur l’adhérence des jeunes aux discours de contrevérité en lien avec les événements du 13 novembre 2015 et du 22 mars 2016, il s’agit évidemment d’un sujet sensible. Nous devons donc rester vigilants quant à notre manière de faire les choses, qu’elle soit la plus propice à récolter convenablement de l’information. On peut expliciter cela en évoquant le cas de questionnaires ou entretiens prévus d’être initialement réalisés de manière identiques, et qui dans les faits, peuvent parfois ne pas l’être.

Prenons l’exemple d’une institution qui accepte de remplir des questionnaires par écrit et qui lors du rendez-vous, change d’avis et demande de faire compléter le questionnaire auprès de ses membres par e-mail. Il se pose alors un double problème. D’abord, il y a une possibilité de contrôle de l’institution lors du remplissage des questionnaires auprès de ses membres, que ce soit de manière directe, la fraude, ou bien de manière indirecte, en centralisant les résultats et en créant chez la personne soumise à questionnaire une réaction d’auto-censure, pour plaire à l’institution. Nous ne pouvons donc pas accorder la même validité scientifique aux résultats que nous aurions pu obtenir uniquement de cette manière là à celle qui donne une plus grande garantie de l’anonymat, qui prévoit d’empêcher l’interférence entre l’institution et ses membres, avec la présence du chercheur lors du remplissage des questionnaires, et réalisé de manière écrite.

En ce qui concerne la terminologie utilisée, il faut veiller à ce qu’elle soit la plus neutre possible. En effet, il est important de ne pas fausser la recherche en induisant l’interrogé à répondre de telle ou telle manière. Je peux donner un cas bien précis de ce dont je parle. Dans notre questionnaire, nous avons privilégié la terminologie « événements » plutôt qu’« attentats » qui renvoie à quelque chose de plus précis. Il faut pouvoir faire en sorte que la personne qui hypothétiquement ne croit pas, est en défiance envers cet événement ou avec la manière dont il est communément représenté à travers les médias ne rejette pas le questionnaire.

Enfin la méthodologie, la démarche choisie dans laquelle on s’inscrit en allant sur le terrain va influencer l’interprétation des résultats. Selon que l’on s’inscrive dans une démarche pragmatique qui accorde du crédit aux acteurs, qui ne les considère pas comme des «idiots culturels» ou bien que l’on s’inscrive dans une démarche méthodologie de sociologie critique qui considère qu’un acteur tient un discours en pensant stratégie, et ce en fonction de sa position sociale, on ne va pas faire une même analyse et interprétation des résultats.

Alexis Clerebaut

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