[GROUPE 9] BILLET COLLECTIF N°1 – LA RIVALITÉ ENTRE LES ASSOCIATIONS SANS BUT LUCRATIF ET LES ENTREPRISES PRIVÉES D’AIDE INTERNATIONALE

[GROUPE 9] BILLET COLLECTIF N°1 – LA RIVALITÉ ENTRE LES ASSOCIATIONS SANS BUT LUCRATIF ET LES ENTREPRISES PRIVÉES D’AIDE INTERNATIONALE

L’action d’aide internationale ne date pas d’aujourd’hui, et depuis la fin du siècle dernier, nous constatons un renforcement de ce phénomène et son intérêt ne cesse de grandir aussi bien dans les médias que dans le public. En principe, les organisations d’aide internationale œuvrent toutes pour la même et unique cause, à savoir apporter aux populations bénéficiaires une aide aussi bien efficace que pérenne. Toutefois, ces organisations ne suivent pas toute la même ligne directrice et les divergences d’opinion se font voir. C’est le cas notamment avec l’apparition, dans les années 70-80, d’une alternative au tourisme classique, celle du tourisme humanitaire, également appelé « volontourisme » dans la littérature tant anglophone que francophone. Notons que, selon Lyons et al, le tourisme volontaire se définit comme un type de tourisme où les intéressés paient pour participer à des projets de préservation ou de développement[1]

L’idée selon laquelle ce volontourisme serait néfaste ou contre-productif, comparativement à l’aide humanitaire apportée par les associations à but non lucratif, est fréquemment répandue : on parle d’amateurisme, on reproche de l’aide à court terme voire un détournement de dons potentiels destinés aux associations à but non lucratif. Beaucoup d’auteurs et de journalistes cherchent à comprendre et à mettre en exergue les dangers et impacts négatifs du tourisme humanitaire alors que d’autres tentent de faire l’apologie de ce nouveaux types d’organismes. Pour éviter d’observer l’opposition entre ces deux types d’organisations d’un point de vue éthique, nous allons prendre du recul et faire preuve de neutralité axiologique.

Le tourisme humanitaire ayant connu un essor notable au cours de ces vingt dernières années,  nous chercherons à savoir comment s’exprime la rivalité entre les entreprises privées et les associations à buts non lucratifs d’aide volontaire internationale.

Pour répondre à cette question, nous effectuerons des entretiens auprès de deux types d’organisations d’aide internationale de référence : deux associations à but non lucratif, soit un groupement de personnes physiques ou morales qui poursuivent un but désintéressé, et deux organismes privés, soit une entreprise non-étatique qui poursuit un but lucratif.

L’intérêt de cette démarche est de comprendre pourquoi il existe une rivalité profonde entre ces deux types d’organismes et le cas échéant, comment elle s’exprime ou si les entreprises privées proposant du tourisme humanitaire sont des concurrentes acceptées car bénéfiques à la cause. Considérant que les heurts entre les deux types d’organismes ne s’apparentent pas à ceux d’un conflit ouvert, mais davantage à ceux d’un conflit latent, le terme de rivalité a été préféré à celui de conflit.

C’est sur cette concurrence silencieuse, qui peut toutefois aller jusqu’à s’exprimer concrètement et ouvertement par des poursuites en justice comme ce fut le cas en 2014 entre Project Abroad, une entreprise privée britannique, et le Service Volontaire International (SIV), une ASBL proposant des projets de volontariat en collaboration avec des partenaires locaux, que nous comptons travailler.

L’étude de ces conflits nous tient à cœur et est, à nos yeux, originale puisque très peu de travaux ont été élaborés sur la question. Bien que les analyses sur les méfaits du volontourisme sont légions, la rivalité potentielle entre les deux types d’organismes n’a été que très peu abordée dans la littérature scientifique.

[1] LYONS, Kevin et al, « Gap Year volunteer tourism. Myth of global citizenship », Annals of Tourism Research, vol. 39, n.1, 2012, pp. 361-378

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