(Groupe 10) – Billet collectif n°1 – Entre commerce de proximité et grandes surfaces : les habitudes de consommation individuelles en fonction des quartiers de Bruxelles

(Groupe 10) – Billet collectif n°1 – Entre commerce de proximité et grandes surfaces : les habitudes de consommation individuelles en fonction des quartiers de Bruxelles

Il ne fait secret pour personne que la dichotomie entre commerces de proximité et grandes surfaces est un sujet éculé de notre temps, une sorte de poncif moderne. Les grandes surfaces arrivées dès les années 80 ont progressivement fait fermer les petits commerces, la qualité cédant à l’économie, la sympathie à l’accessibilité et au gain de temps. Dans une société individualisée, l’économie de marché globalisée avale tout sur son passage, laissant misère et désespoir dans son sillage. 

Cette vision manichéenne nous semble bien réductrice comparée à la réalité observable. La situation est probablement variable selon le pays étudié, la région, la ville voire simplement le quartier. Cette assertion peut être confirmée ou infirmée en étudiant le niveau de vie du pays, le pouvoir d’achat des habitants, leur ethnicité ou leur quartier de résidence – c’est là du moins notre hypothèse première. Partant de ces déductions nous avons choisi de réaliser une étude sur cette dichotomie dans plusieurs quartiers de Bruxelles : les habitudes de consommation privilégiant petit commerce ou grande surface sont-elles fonction du lieu de résidence et de la population concernée ?

A ce stade méthodologiquement embryonnaire, nous avons pris conscience que nous ne disposerons pas à notre échelle de moyens suffisants pour réaliser des études de contrôle de statistique ou de contrôle expérimental. A l’instar de G. Sartori nous sommes amenés à penser que « la comparaison est donc, finalement, […] incontournable » (G. Sartori, « Comparing and Miscomparing », Journal of Theoratical Politics, Vol. 3, No. 3, Saga Publications, 1991, p. 22) entre les différents consommateurs que nous interrogerons. Toutefois, nous appréhendons deux difficultés méthodologiques majeures auxquelles nous pouvons nous retrouver confrontés. D’abord, tel que le remarque Sartori, la comparaison incite à la classification. Or, nous ne disposerons certainement jamais d’un panel suffisamment large qui nous permettrait d’élaborerun nombre de classes élevé ; par conséquent, il sera important d’être vigilant quant à l’homogénéité de nos classes, faire en sorte que celles-ci necontiennent pas d’entités internes qui seraient en réalité différentes sur certains points. La seconde difficulté à laquelle nous pouvons nous heurter concerne d’éventuelles autres variables, qui n’apparaîtraient pas formellement au cours de l’entretien, mais qui pourraient expliquer un comportement ou un choix de consommation : si par exemple l’enquêté invoque des motivations éthiques lorsqu’il privilégie le commerce de proximité, il est possible qu’il n’évoque pas le fait qu’il dispose desmoyens financiers permettantson comportement, ce dernier facteur ne pouvant être ignoré.

Afin d’échapper à une théorie fermée par un facteur économique omniprésent (des préférences de consommation justifiées par les prix), nous envisageons de mener simultanément une comparaison entre consommateurs issus de quartiers défavorisés et une comparaison entre consommateurs issus de quartiers favorisés. L’objectif sera de repérer si des motivations similaires sont invoquées pour justifier un même comportement ou si, au contraire, on observe un même comportement mais pour des motivations distinctes, ce qui s’avèrera tout aussi pertinent à interpréter.

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