[Groupe 4] Billet collectif- La construction des carrières migratoires des réfugiés dans l’économie informelle
D’après le Monitoring Socio-économique de SPF Emploi et UNIA (2017), une très petite partie des réfugiés sont actifs sur le marché de l’emploi bien que la population active croie tous les ans.
Ainsi, de nombreuses recherches en sciences sociales ont été menées pour comprendre ce phénomène. Divers travaux se sont focalisés sur les obstacles rencontrés par les réfugiés. Pour en nommer quelques-uns, la discrimination que subissent les non-européens durant leur recherche d’emploi et l’absence de reconnaissance des compétences des réfugiés (diplômes, expériences…). Il existe des organisations à Bruxelles qui aident les réfugiés, mais ils ne les soutiennent pas directement dans l’insertion professionnelle. Il existe par exemple le BAPA, créé en 2013, ayant pour l’objectif d’aider les primo-arrivants (dont des réfugiés).
De ce fait, malgré les initiatives existantes à Bruxelles pour aider les réfugiés, on observe que nombreux sont ceux qui possédaient un travail dans leur pays d’origine, mais qui demeurent officiellement sans-emploi dans le pays d’accueil.
Dès lors, on peut s’intéresser à la trajectoire professionnelle des réfugiés qui ont des difficultés à avoir accès au travail formel, et qui trouvent une alternative et/ou complémentarité à l’économie formelle. Nous voudrions aussi explorer la notion de réussite/échec lorsqu’ils travaillent dans l’informel, l’influence du capital de départ des réfugiés ainsi que les débats éthico-moraux qui peuvent guider leurs choix etc.(Garnier & Piva, 2019)
C’est pourquoi, nous avons formulé la question de recherche qui suit : Comment les personnes possédant le statut de réfugié en Belgique qui vivent à Bruxelles se construisent une carrière migratoire dans l’économie informelle ?
De cette question découlent les concepts centraux de réfugié, de carrière migratoire et d’économie informelle.
Nous retenons la définition de réfugié qui est définit par l’article 1er A2 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951. Nous retenons celle-ci car elle donne un cadre clair. Et il s’agit aussi de la définition légale utilisée Belgique.
Ensuite, le concept de la carrière migratoire est introduit par Marco Martiniello et Andrea Rea, et il s’appuie sur celui de la carrière, développé par Howard Becker. Becker définit la carrière comme un “processus de changement de statut ou de position. […] Le passage d’une étape à l’autre de la carrière s’effectue par un processus d’apprentissage par lequel l’acteur, d’une part, apprend une pratique spécifique, et d’autre part, construit une représentation de cette activité qui lui permet de préserver une image acceptable de lui-même. Il s’agit à la fois d’un processus d’apprentissage d’une pratique et d’un changement de l’identité sociale.” (Martiniello & Rea, 2011, P.2.) Selon les auteurs, il y a 6 dimensions constitutives du concept de la carrière migratoire. La dimension objective et subjective, qui recouvre les éléments structurels (objectives) et les éléments liés à l’expérience personnelle (subjectives). La dimension de la réussite, qui varie selon la perspective de l’individu. La dimension du statut juridique et de l’identité sociale, qui peut représenter une valeur différente selon les projets des migrants. La dimension de la professionnalisation, englobant les compétences spécifiques, le “savoir-faire”, ou des différents capitaux dont dispose le migrant. La dimension de l’apprentissage d’une culture spécifique associée à l’expérience migratoire. Enfin, la dimension temporelle, qui envisage la carrière comme un processus. (Martiniello & Rea, 2011)
L’économie informelle est définie par le bureau International du Travail (BIT). Il ‘s’agit de “la somme de l’emploi dans le secteur informel et de l’emploi informel en dehors du secteur informel” (Bureau international du travail,2013, P.51.) L’économie informelle comprend alors deux composantes, le secteur informel et l’emploi informel. En ce qui concerne le secteur informel, il est composé des entreprises. Le critère de base est l’absence de l’inscription de l’entreprise dans les registres fiscaux ou commerciaux. L’emploi informel, à son tour, concerne les individus. Le critère de base est l’absence de l’inscription de l’individu dans les registres du travail, de la sécurité sociale ou encore l’absence du contrat de travail entre l’individu et l’employeur. (Charmes, 2012, P.106.) Pour les besoins de notre recherche, centrée sur les individus, nous allons reprendre la définition de Jacques Charmes, selon laquelle l’emploi dans l’économie informelle comprend toutes les personnes (quel que soit leur statut d’emploi) travaillant dans des entreprises informelles, ainsi que toutes les personnes travaillant de manière informelle dans d’autres secteurs d’économie, c’est-à-dire les entreprises formelles, les ménages avec des employés rémunérés (travailleurs domestiques) ou travailleurs indépendants produisant des biens (primaires ou manufacturés) pour l’usage final du ménage. (Charmes, 2012, P.108.)
Le choix de la méthode de collecte de données se portera sur les entretiens semi-directifs qui est une méthode d’analyse qualitative. Les mêmes questions seront posées aux différents réfugiés toutes origines et genres confondus à travers un guide d’entretiens qui évoluera au fil du temps. Les entretiens semi-directifs nous permettront de mener des entretiens suffisamment encadrés, mais en même temps suffisamment ouverts pour pouvoir laisser les répondants s’exprimer librement. Concernant les questions, elles seront construites sur base des concepts clés de carrière migratoire et d’économie informelle.
Nous nous focaliserons sur les personnes ayant obtenu le statut de réfugié dans les 5 dernières années à cause de leur intégration socio-professionnelle fortement liée à leur statut juridique à savoir le titre de séjour de 5 ans (carte A) délivré par l’administration à tous les réfugiés.
On analysera les données collectées selon les méthodes qualitatives, c’est-à-dire qu’on va comparer les réponses des différents entretiens. Il sera également possible d’analyser l’attitude et le comportement des répondants lors de l’entretien. Pour approcher ces personnes, nous allons nous adresser aux usagers des associations et organismes d’aide et d’insertion socio-professionnelle des personnes réfugiées : Actiris, BAPA, Duo For Job, ULB Refugees, Be.Face.
Bibliographie
Bureau international du Travail. (2013). Mesurer l’informalité: Manuel Statistique sur le secteur informel et l’emploi informel, Genève. pp.1-361.
Charmes, Jacques. (2012). The Informal Economy Worldwide: Trends and Characteristics . Margin: The Journal of Applied Economic Research 6(2). pp.103-132.
Garnier, & Piva, A. (2019). Participation au marché du travail des réfugiés et demandeurs d’asile à Bruxelles : Innovation et complémentarité institutionnelle. Brussels studies. pp. 1-16.
Martiniello, & Rea, A. (2011). Des flux migratoires aux carrières migratoires Éléments pour une nouvelle perspective théorique des mobilités contemporaines. SociologieS. pp. 1-12.