Influence et émotion : comment les analyser et les mesurer? – Billet personnel – Heuchamps Yasmina
Dans le cadre de cet exercice, je vais me pencher sur une des difficultés rencontrées à l’occasion de notre travail de recherche dont la question s’intitule : “Comment la population universitaire de l’ULB a-t-elle été influencée par les médias suite aux attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles ?”. Celle qui m’a le plus marquée est la difficulté à mesurer influence et émotion.
Arrivés à l’étape de la méthode, deux d’entre nous devions réaliser une analyse de discours. Travaillant sur les médias, leur traitement des attentats et l’influence que cette diffusion a eue sur notre échantillon, nous avons choisi d’analyser des articles de presse traitant du sujet et avons utilisé TXM, logiciel permettant de procéder à une analyse textométrique. Nous avions aussi préalablement choisi certains mots qui nous semblaient porter une signification et un message fort, et qui, placés dans un certain contexte, pourraient générer chez le lecteur une émotion. Une difficulté s’était déjà fait ressentir ici : comment pouvions-nous décider des termes qui provoqueraient une émotion ? Bien que certains mots soient moins neutres que d’autres, et ce surtout placés dans certaines phrases, il s’agissait d’un choix assez subjectif. Nous avons ensuite constaté l’occurrence de ceux-ci dans notre corpus de textes et avons analysé le contexte de chaque mot. C’est à ce stade-ci que j’ai rencontré le plus de difficultés. Que faire avec ce genre de phrases : « Des témoins ont décrit ‘un bain de sang’, des corps inanimés, des membres arrachés »[1] ? Les émotions que j’ai ressenties lors de la lecture de ces phrases étaient strictement personnelles. Il m’était donc indispensable de rester objective. Cependant, cette tâche est particulièrement difficile lorsqu’il s’agit d’émotions, matière intrinsèquement subjective. De plus, comment savoir si ces phrases pouvaient réellement influencer les lecteurs, mais surtout, comment et à quel degré ?
L’analyse par questionnaire que nos deux autres camarades conduisaient allait certes nous aider, mais nous avons pris la décision de ne se concentrer que sur des phrases qui provoqueraient incontestablement une émotion et influenceraient donc les lecteurs. Nous étions également partis de l’hypothèse selon laquelle les réseaux sociaux (Facebook) ont tendance à s’appuyer davantage sur les émotions dans la diffusion de l’information comparé aux médias classiques. Suite aux entretiens que nous avions menés, dont un avec Monsieur Jespers, professeur de journalisme à l’ULB, nous nous étions rendu compte de ce constat et nous espérions que l’analyse de discours confirmerait notre hypothèse. Il en a été le cas, puisque nous ne nous sommes pas souvent retrouvés face à des phrases qui auraient pu générer une émotion. Nous devions également nous rendre à l’évidence que dans de telles circonstances, l’émotion ne pouvait être que présente et l’emploi de termes forts était inévitable.
Bien que nous n’ayons pas été souvent confrontés à ces difficultés, mesurer et analyser émotion et influence que pouvaient susciter ces articles constituait une tâche délicate. Ce sont des concepts tellement abstraits et qui font partie du domaine du subjectif, que cette étape de notre recherche m’a parue donc difficile.
Heuchamps Yasmina
[1] Detaille, S. (2016) «Nous le redoutions et c’est arrivé» : 32 morts et 250 blessés, Le Soir, [en ligne] 22 mars 2016. Disponible sur : http://plus.lesoir.be/32039/article/2016-03-22/nous-le-redoutions-et-cest-arrive-32-morts-et-250-blesses [Consulté le 20 avril 2017]